Tous les objets qui nous entourent, nous étourdissent et nous définissent. Ceux enfouis dans des boites dont on ose se départir. Ceux qui à un moment signifiait ou même qui ne signifiait, mais qui obstinément sont conservés dans cette boite. De la petite tête jaune en plastique aux gros yeux globuleux, à la collection de cocottes, du timbre de Berlin, au marron trouvé sur la rue de la Loire ou encore le « E » égaré d’un Scrabble, un insecte fin en alu, les « enokis » séchés, un coquillage, une chaine avec comme inscription «  Clothilde 2000 », un cadenas, une épinglette de voilier. Les artefacts qui encore animent le présent du passé. Quel en est leur sens ? Quelle valeur ont-ils aujourd’hui ? L’acte de conserver ne repose t’il pas dans la conscience continuelle de la perte? Le progrès vers l’oubli et le détachement, vers une mémoire qui se perd. Vers l’essence des choses. 

L’idée de créer un inventaire, de classer, identifier et définir ne m’enchantait pas du tout. J’avais plutôt envie de jouer avec mon diamant, parce que « Creature comfort », parce que Philip Glass, parce que toutes ces facettes, parce que sa transparence et parce que sa capacité à se transformer m’enchantaient.

J’ai dansé 38 minutes au dessus du scanner, mon corps suivant le rythme de « Glasswork ». Allié et outil, dépourvu de référence, de canon ou de modèle, cette vieille boite transparente qu’est mon corps, a du s’activer avec peu de maitrise aux sons du piano. Improvisant sur les variations rythmiques, j’ai augmenté ou réduit le rythme d’enregistrement du scanner afin de laisser voir les objets dans leur entièreté ou non. La danse est constituée de six canevas en dialogue avec les six pièces de « Glasswork », une courte pointe de fragments déterminée par la résolution du temps.

La performance, imprimée sur papier japonais, fait référence au « Ma » de la philosophie japonaise qui signifie l’espace entre deux; la pause; la distance. Sa matérialité devient cet espace de fluidité et de flexibilité qui puisse être joué et rejoué.